poésie philosophie délire
il avait tout essayé, utilisé toutes les langues du monde, tout les messages indirects, toutes les postures du corps, de la pensée, de l’inconscient… il s’était paré de tout les attributs de la gaîté et de la joie, avait survolé les femmes, les reins, les hanches, parcouru les corps dans tout les sens… affiché par delà les réunions et les soirées, les danses et les mails, les messages courts et la bouche des enfants… par delà les attitudes, les actions et les risques, au-delà du danger et de la mort, après les malédictions sur des avenirs troubles… il s’était réfugié au plus loin, prêt de l’éveillé, prêt des territoires sans sens, où l’on ne ressent plus, où elle n’existe plus, au-delà de l’altérité, de l’affection, de la subjectivité…
et le voilà maintenant au bout du chemin, là où il n’y a plus rien que la décision à trancher, où l’acceptation totale de son sort est pleine et entière, là où tout est possible, tout est acceptable, là où la parole se termine, où les engagements se finissent, se ternissent, s’éternisent dans des nuages éloignés… là où il est face à son destin, là où les anneaux s’envolent, les alliances se dénouent, où il faut trancher entre les siamois, entre les familles, entre les histoires longues, profondes, entre les amitiés…
insérer le glaive qui sépare, qui dissèque encore, qui tranche et éloigne… là où il se séparera de son passé pour ouvrir des horizons nouveaux, à construire, tel un nouveau continent, plein d’espoir et de départ, plein d’amertume à la bouche enflée, en se tenant droit pour ne pas s’effondrer, pour ne pas tomber au fond de lui-même, pour tenir encore les fruits de son corps, pour leur mentir sur sa force, sur le soutien qu’il peut leur apporter…
pour comprendre enfin que le monde n’est qu’insatisfaction, que c’est la force primordiale qui pousse les êtres et les choses à se mouvoir, à bouger, à essayer de nouvelles combinaisons… qu’il n’était finalement que l’objet de ce moteur universel, et que l’extrême limite de cette jetée infinie où il se trouve désormais n’est qu’une nouvelle porte vers des mondes encore inexplorés dans lesquels il doit se jeter…