poésie philosophie délire
il avait fait ce chemin initiatique qui sépare du passé, qui traverse les océans sur des frêles esquifs, sur des vaisseaux éphémères, à la lisière de ses rêves de bonheurs lointains, d’amours futurs, de pays où la part sombre des hommes n’existait pas… il avait laissé derrière lui ses traînées de passé, ses traces en chemin qui s’effaçaient léchées par les vents, par les souffles, par les corps qui tombaient avec leur rêves trop pesants… c’était de ces voyages d’où l’on ne revenait pas, en sens unique, sans retour possible, car il vous brûlait votre intérieur, au plus lointain des capteurs affectifs, aux plus lointain des regards affectueux… lentement, il suait de toutes ses émotions du premier âge, de toutes ses croyances dans les autres, des perles d’enfances qui fleuriront pour d’autres voyageurs, plus tard, peut être dans de grandes tours de verres poussées là sur sa trace, sur ses illusions envolées dans les poussières des âmes en errance…
il en était ainsi de tout espoir sur les autres : des voyages vers des récifs où l’on échoue, des quêtes qui se brisent sur les rochers des cœurs meurtris, des fracas finaux, sans mémoires, noyés dans les vagues parmi les corps d’autres échoués, tous naïfs dans l’existence de havres accueillants, tous en morceaux organiques au fond des requins affamés…