poésie philosophie délire
il était parti dans l'action éperdue, à la manière absurde de sisyphe, en réponse au "suicide logique" des héros russes. dans le golf, la moto, le parachutisme, au fin fond des océans, il s'abîmait d'actions, se brûlait aux activités du monde et se consumait d'efforts, et plus il essayait de sports, plus le danger augmentait, plus l'intensité émotive flambait, plus il oubliait ses appels internes, ses absences profondes... grillé d'action, épuisé de vie, il rayonnait d'attirance et multipliait les rencontres, autre épuisement dans l'altérité première...
il était devenu le plus compétitif de tous, au travail et en amour, par les soirées et par les réunions, par le vin et les lèvres, par le son doux du saxo et le rugissement de sa moto... derrière son humour de façade, il devait consommer la vie par tout les bouts, tout essayer, devenir le réceptacle universel de l'activité humaine, des produits de l'homme, assembler en lui tout les péchés de consommation afin de sauver les hommes de leur perte matérielle...
il s'était fait installer sous la peau ces puces communicantes, ainsi qu'un réseau interne, afin d'augmenter sa puissance, afin d'ingérer ces moteurs de consommation supplémentaires. premier trans-humain, premier métis des hommes avec les machines, premier pas vers sa transformation interne afin de consommer encore plus, encore mieux, afin d'augmenter encore sa compétitivité infinie...
un jour qu’en réunion il du signifier son licenciement à un salarié, il vit de l’eau goutter de ses yeux. il pris conscience que le seul élément qui le limitait désormais dans sa compétition acharnée était bien ce tronc affectif qui ne suivait plus les performances de l’ensemble. lors d’un de ses nombreux jogging, il constata que ses jambes continuaient de courir alors qu’il avait décidé de s’arrêter… lentement, les différents organes de son corps devenaient autonomes, et, un matin qu'il se sentait bien léger, il constata que ses muscles, sa chair et toute sa carcasse commencaient à se détacher de son tronc mort...