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poésie philosophie délire

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marchés

il était parti dans les refuges, dans les maisons de retraites, sous les ponts, à la recherches des malheureux, à la recherche de ces regards profonds qui appellent du fond de leur solitude... il écoutait dans les centres d'appels les personnes au bord du suicide et essayait de les ramener à la vie... de sa voix profonde il louait toutes les beautés de la vie, les hommes qui ne sont pas si méchants que cela, la solidarité et l'amour du prochain... il ne croyait pas un mot de tout ce qu'il disait mais cherchait dans les malheurs des autres un abîme plus profond que celui qu'il abritait en lui... et c'était la le plus comique de sa situation : vouloir sauver les autres de son propre abîme intérieur. c'était en fait surtout le regard des autres qu'il cherchait, car au fond de leur regard, c'est son regard à elle qu'il sondait, et chaque fois qu'il aidait un peu un malheureux, c'était sa dette infinie envers elle qu'il payait...

il aurait aimé être jugé par les autres, car depuis la déclaration des droits de l'homme, il sentait bien qu'il était devenu indifférent à tous, et qu'il pouvait désormais mourir en pleine rue, crever seul chez lui, et même lancer des regards d'appel au voisinage sans qu'un seul ne réagisse... la phrase qui lui faisait le plus mal était bien ce "je ne te juge pas", même quand il faisait des conneries. une phrase qui sonnait chez lui comme un abandon à ses propres introspections, et l'absence de jugement d'autrui était en fait absence de soutient et de support, et voulait plutôt dire : tu m'es indifférent. il sentait que les seules limites étaient désormais imposées par la justice, qui devait dire ce qu'il ne faut pas faire, mais jamais ce qu'il faut faire. perdu de liberté, perdu d'incertitude, sans personne autour de lui pour lui montrer la voie ou l'orienter, il ressentait la liberté comme une douleur profonde, un abandon à lui même...

les seules valeurs qui avaient désormais un sens concernaient celles de l'économie, et à mesure de ses investissements boursiers, il sentait toute les contradictions de sa vie... il regardait avec contemplation les flux et reflux financiers sur les marchés, aux grès des nouvelles du monde. il se retirait de ses investissements hôteliers et touristiques à l'annonce du retrait de la vie dans des attentats... un soir qu'il avait réalisé une très forte plus value grâce aux licenciements d'une société, un des ces salariés licenciés l'appela, au bord du suicide... au fur et à mesure qu'il débitait ses éternels arguments, sa voix se faisait aérienne, le téléphone flotta hors de ses mains et les paroles désespérées du salarié l'emplissaient et résonnaient en lui pour le porter sur les cimes de ses questionnements intérieurs...

 

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