lorsqu'il conduisait son métro un matin, il avait vu un jeune homme sauter devant lui alors qu'il entrait en gare. il s'était écrasé dans une superbe gerbe de sang, mais il avait pu voir pendant toute la trajectoire la profondeur de son regard. avant l'impact, il avait revu ces yeux qui l'appelaient, car dans ses yeux se lisaient un appel profond à la vie, à la main tendue, à la tendresse qu'il n'avait pu lui donner... il avait conduit sa rame au dépôt, et pendant tout le trajet, alors qu'en apparence tout allait bien, une gerbe affective avait explosé.
lentement remontait en lui le souvenir de son enfant mort né qu'il tenait dans ses bras avec sa femme juste après l'accouchement. cela se passait maintenant dans des temps immémoriaux, au premier million d'années de sa vie. il avait préparé depuis des mois la chambre, et l'avait disposé en nid pour accueillir le petit. l'accouchement se déroulait bien jusqu'aux dernières minutes ou un décollement placentaire annonçait le décollement de sa vie... alors que sa femme sombrait dans les anesthésiants, il poursuivait les médecins avec le petit dans les bras, qui tentaient de le maintenir en vie. leur réussite dura jusqu'au réveil de sa femme, qui eu juste le temps de prendre avec lui leur petit pour le voir mourir... le corps fut maintenu en état une semaine pour que l'enterrement ne se fasse pas tout de suite. il avait donné la vie et la mort en même temps, et le regard de ce jeune homme était celui de son fils qui avait été sauvé chez une autre... il n'eu jamais d'autres enfants car sa femme n'émettait plus d'ovules depuis ce jour la.
au retour du dépôt il pensait bien sauter sous un métro pour rechercher ce fils perdu... au lieu de cela il parti en bosnie pour comprendre ce que vivre voulait dire. grâce à ses entraînements de tireur d'élite à l'armée, il se fit snipper pour toucher un peu d'argent mais aussi se perdre dans ce mélange de la vie avec la mort... il n'était plus capable de distinguer l'un de l'autre, et à chaque coup de fusil, il sentait en lui la puissance du fauve qui dévore les autres, mais aussi toute la douleur perpétrée par l'effondrement d'une vie. il dirigea rapidement ses tirs uniquement sur les enfants car les primes étaient plus élevées, mais aussi car il sentait bien qu'il devait partager avec d'autres familles la douleur que lui même avait ressenti. Il avait préparé ses parcours dans les immeubles en ruine, en se cachant derrière un deuxième mur pour ses tirs, bougeant à chaque fois pour ne pas être repéré. bien qu'agissant mécaniquement, il arrivait à chaque fois à échapper aux recherches car il avait constaté qu'il ne laissait plus d'empreintes sur le sol...
à chaque tir, il se sentait plus léger, et pris peur d'atteindre un poids fatal. il pesa exactement toute nourriture et liquide qu'il ingérait et pesait toute sortie de son corps. ce travail était fait minutieusement, avec tout le sérieux d'un ancien étudiant en science. il constata que le poids des sorties excédait sensiblement celui des entrées, alors que son poids ne changeait pas, voire augmentait lorsque la journée se passait bien. il pris conscience qu'un regard affectueux ou un sourire lui donnait plus de poids que toute nourriture.
il fut pris un jour au milieu d'une bataille, et un éclat d'obus l'atteint. il se réveilla dans un hôpital sans savoir comment il y fut amené. il plaisantait avec l'infirmière qui s'occupait de lui et l'invita plusieurs fois après sa sortie de l'hôpital. les premières rencontres se déroulèrent dans un climat agréable et, après que le désir fut monté, il se retrouvèrent un soir dans sa chambre. au cours de ces moments plus intimes, alors qu'elle était enlacée dans ses bras, elle parla de ce jour ou elle se jeta sur son enfant atteint par un snipper, son enfant tout de blanc puis de rouge vêtu... sa voix s'élevait dans la pièce et il se remémorait cette femme qu'il entraperçu dans sa lunette de tir juste avant qu'il ne décroche de sa position, cette femme sur son enfant mort... et au fur et à mesure qu'elle parlait, la voix emplissait toute la pièce et faisait écho sur les murs... entre ses mains, sa peau devenait moins ferme, son corps plus léger, plus aérien, seule caisse de résonance d'une voix qu'il avait en lui depuis bien longtemps...