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poésie philosophie délire

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pluie fine

il était parti avec sa dernière moto et roulait maintenant à plus de 200 km/h... car il avait compris depuis quelques temps qu'il était déjà mort. et qu'il ne connaitrait plus jamais de solitude plus profonde. de ces solitudes que seule sa société était capable de générer, de ces solitudes où l'on se retrouve plus seul qu'en plein désert, à se parler pour se rassurer, de ces solitudes des chiens d'expérience en salle sans son, pour bien être sûr qu'un élément aussi simple qu'une onde d'air était bien vitale... et pourtant il avait bien travaillé en groupe, à faire sa science, à disséquer chaque élément de la terre, de la vie, à vouloir corriger les imperfections du progrès... en progressant lui aussi dans son labo pour corriger les défauts des produits du chercheur précèdent, et il avait l'impression aujourd'hui que cette course continuerai sans fin, comme l'accélération qu'il imposait maintenant à sa moto...

il était parti en Afrique où les sourires sont présents dans les rêves d'accès aux richesses d'Europe, alors que la richesse était chez eux, dans leurs dents aux vents, dans leur insouciance des ventres creux, au contraire des soucis des ventres trop pleins. des ventres qui bouffent et font entrer ce qu'ils peuvent par leur bouche car le plaisir buccal est trop fort, car les mères ne donnent plus le sein... compensation éternelle par des hamburgers maternels, par des sauces laitières et des glaces onctueuses.

 

il avait aussi travaillé sur les armes de mort qui font rire quand on voit un pistolet. car une arme que l'on envoie pour rayer de la carte une région entière fait rire à la vue d'un pistolet... on se sent si puissant à la conception de telles armes, que la vue d'un enfant malheureux fait sourire par la faiblesse de son malheur par rapport aux souffrances des pluies de feu, des corps fondus, calcinés, et des souffrances longues sur les générations suivantes...

il avait rigolé devant l'amateurisme des massacres des pays du lac car il aurait pu arriver au même résultat en quelques minutes... sur les singes en cages les tests pour les recherches sur le sida l'empêchaient de dormir, car il retrouvait dans le regard de certains de ces animaux celui de son fils... un regard qui le sondait sur ses certitudes.

lorsque sa femme était parti dans les bras d'un autre, il avait aussi subi cette explosion nucléaire intérieure, de celles qui détruisent des régions de l'âme... et il se revoyait certains matins dans la glace avec le souffle du vent nucléaire, l'ombre portée de son corps incrustée dans le mur... il ne restait plus de lui que le souffle de sa peau, d'une légèreté infinie, qui flottait comme un drapeau blanc sur son vide intérieur. c'est là qu'il compris qu'il était mort, et que désormais ses pas flotteraient très légèrement au dessus du sol, sans plus laisser de trace. il sentait le moindre souffle de vent le traverser, la moindre image de bonheur ou de malheur le faire disparaître en pluie fine... 

partir était pour lui l'essence même du souffle de vie qui le rapprochait de ces premières colonies cellulaires en quête d'espace vital sur la terre, où la cohésion, le rapprochement moléculaire et l'organisation cellulaire permettaient de perpétuer le destin de ces arrangements chimiques. il sentait bien que ses descendants iraient à la conquête de la voie lactée pour poursuivre ce mouvement de fuite général de tout organisme vivant, un peu comme un retour aux origines des vents cosmiques.

finalement, lorsqu'il avait subit le cursus honorum que lui souhaitait son père, il n'était déjà que l'objet du souffle paternel. il avait bien pensé acquérir une autonomie affective par le mariage et la famille, alors qu'il n'était que porté par les rêves d'une société schizophrène... il avait aujourd'hui réussi le triptyque de la république : on ne pouvait pas trouver plus libre que lui, sans attache, plus léger que le vent, égal aux autres dans leurs solitudes silencieuses et parfaitement fraternel envers ses frères de malheur.

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