poésie philosophie délire
tu t’étais immiscé entre eux, entre leurs corps, leurs lèvres, leurs bouches qui se rapprochaient, s’enlaçaient, fusionnaient et se projetaient dans l’avenir des hommes, dans l’avenir de l’humanité pour porter leurs gènes au-delà des temps, au-delà des espaces, vers des destinées non encore explorées. tu avais glissé entre eux un film de plastique, un film de papier si fin, si large, aux couleurs des billets des marchands, inséré dans leurs bouches des particules de noirs, qui maintenant s’infiltraient en eux, allaient au plus profond de leurs corps pour chasser ces véhicules de vie, ces oiseaux flagellants, en course pour le soleil éternel, pour les sphères de demi-vie. elles entraient en elles et séparaient les gènes, empêchaient toute immixtion entre inconnus, tout mélange de vie. tu t’envolais et laissais pleuvoir des pluies de papier, de billets de couleurs, si forte que les gens ne se voyaient plus, ne se croisaient plus, et que toute parole était désormais impossible. repliés sur eux, sans contacts, dévorés de noirceurs, sans enfants alentours pour crier au-delà de la pluie, sans yeux de l’autre pour s’y engloutir, ils s’affaissaient sous les strates de billets, sous les couches de silences, recroquevillés sur eux mêmes, libres comme jamais dans leurs solitudes écarlates… et tu planais au dessus d’eux, tel l’aigle impérial des steppes sans ennemis, dominant le monde de ta force, de ton regard impitoyable, de tes gerbes de feux sombres que tu exhalais pour éteindre toute apparition de relations entre vivants…