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poésie philosophie délire

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fond de la vie

tu l’avais trouvé plus bas que tout, au fond de la ville, au fond de la vie, noyé sous ses larmes, sous ses coups, la tête contre le sol, sans plus de regard sinon sur le goudron, une nuque offerte aux passants, aux chiens, à la brise glaciale déjà en lui, comme attendant le tout dernier coup, les morsures des rats dans sa gorge, que sa dernière dents tombe, dans la marre de sang devant lui, dans la marre de rien qui n’était plus que lui-même, dans laquelle il se regardait, s’admirait, qui ne reflétait plus rien que des ombres, des vagues, des grands yeux qui regardaient l’autre coté de la vie… et tu es entré en lui, l’as soulevé redressé, restructuré, harnaché, défendu, cuirassé, blindé, armé de tes serres. et tu l’as guidé dans la ville, tu lui as donné tes ailes et il s’est mis à les déployer, à les ouvrir, lentement, étonné de leurs longueurs, de leur beauté, de leur noirceur. elles touchaient les âmes des autres, elles défonçaient leurs muscles, leurs crânes, passaient au dessus d’eux. et tu lui donnas la force de les déployer, de planter ses griffes sur les têtes alentours pour prendre son envol. et il montait, si haut maintenant que les costumes rayés s’effaçaient, que les hommes en gris s’abaissaient, lui présentaient maintenant leurs nuques, leurs avenirs, que les regards se baissaient sur son passage, que la rage que tu lui avais donné en sortait de partout, que son regard était insoutenable, brûlant, aveuglant les hommes qui osaient encore le défier. tu l’as installé au sommet des tours, de la ville, à épier chacun, à ordonner les mouvements de tous, des valeurs matérielles, émotionnelles, maternelles, informationnelles, de sang… tu l’as fait intégrer les commandos de la mort, les équipes de nettoyeurs, de fossoyeurs d’argent, tout en brillance lunaire… et lorsque la ville était à ses pieds, dans ses serres, sous son regard, sous sa chaleur étouffante, tu l’as élevé encore, à hauteur de soleil, tu l’as installé si haut, toutes ailes déployées, toute rage étalée, que la ville entra dans sa nuit éternelle, que les peaux blanchirent, que les yeux se fermèrent, que les hommes se couchèrent contre terre, à humer le sol, à le creuser pour sentir un peu de lumière, un peu de couleur, que leurs dents se cassaient sur le goudron, et que ton bec lentement les goûtait maintenant que leurs nuques t’étaient offertes…

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