Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

poésie philosophie délire

Publicité

gueule de crocodile

tu me dis que tu es parti régler tes comptes avec la justice, ou plus précisément, que tu es celui qui va au bout de la logique du système qui nous environne… et tout ça pour me justifier ce meurtre ignoble, infecte, que les médias relatent maintenant. et tu ne te reproches rien, tu as atteint la plénitude de celui qui a pleine conscience du monde dans lequel il vit, et tu me dis tout ça dans les yeux, pour te débarrasser sans doute de cette mauvaise conscience ? et pourquoi cet homme sans histoire qui en plus venait de se faire licencier ? alors tu as déployé tes ailes, et dans la nuit, sous forme de chat, puis d’aigle, tu l’as dépecé, minutieusement,  avec ton regard acéré, tes griffes au plus profond de son cœur… tu me dis être envoyé par cette force du dieu d’or aux cornes luisantes, que tu es celui qui clos, celui qui finit en toute logique les conséquences des actes que ton dieu impose, qui achève ce que les hommes n’osent plus faire, qui finit le sacrifice humain… qu’au lieu de le laisser désormais croupir dans les agences à la poursuite d’emplois toujours plus lointains, au lieu de le voir tout les jour dans la glace planter son regard en lui-même, au plus profond de sa décrépitude, au plus profond de son inutilité sociale, à se retenir de prendre des couteaux rouillés pour se les planter dans les yeux, dans les tempes, dans son curriculum, au lieu de le laisser se consumer dans le mépris des fonctionnaires barricadés derrière leurs hautes murailles de verre, derrière leur peur de tomber comme lui, aux pieds des hommes en noir, aux pieds des règlements, à mendier des formations… au lieu de tout cela tu as décidé du sacrifice immédiat, de le prendre dans tes griffes, d’en faire des lamelles si fines que sa chambre pouvait en être toute recouverte, que tu voulais montrer au monde que sa violence douce et profonde était plus effroyable qu’un homme en morceaux, en dés, en longues guirlandes rouges qui pendent à son plafond… et ensuite tu partiras vers d’autres délaissés, abandonnés, balancés à grands coups de pieds au cul sur le bord la route. tu seras alors charognard, à leur manger les jambes, les bras, le ventre, pour finir par leur tête ou tu verras se former lentement leurs dernières paroles, toutes de flammes, toutes de peur devant ta gueule. charognard du marché et des triomphateurs, mangeurs des êtres faibles délaissés par le grand troupeau en transhumance vers des vallées technologiques, vers des vaisseaux de lumière pour voguer au bord des ondes, au bord des mondes, sur la crête de leur imagination, et tu te lèveras, le crâne sous le masque du bourreau, sous le poids de ta hache de sang, à contempler le champs de bataille où les machettes volent en les têtes… et tu prendras ensuite divers aspects pour aller régler tes comptes, finir comme tu dis ton devoir de terminateur, huissier des logiques implacables, demain sous forme de belette à ronger le nez d’un recalé aux concours, après demain en rat dans le berceau d’un enfant né handicapé… et lorsque je te vois te transformer sous mes yeux en serpent et que tu t’approches près de moi, je me souviens maintenant que ce matin mes investissements se sont effondrés, que ma fortune a fondu au soleil des transactions, que je me suis dit aussi que je ne pouvais pas toujours gagner… et dans tes yeux je lis maintenant ta détermination, et je sens en moi le venin qui se propage, et je m’endors lentement sous ton étreinte, dans ta gueule de crocodile…

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article