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poésie philosophie délire

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géant au pas lourd

un peu plus loin, je croisais un géant au pas lourd. il marchait lentement et de façon difficile. il était précédé d’une cohorte de petits singes en blouse blanche, qui courraient partout, et d’une nuée de papillons. sa tête était régulièrement remodelée par une horloge qui s’agrippait à ses épaules. "qui es tu ?" lui dis je. "je suis". "tu es ?" "oui, je n’ai rien à rajouter : je suis, un point c’est tout. je suis l’être." et les petits singes partaient tout alentour en exploration du monde qui nous environnait. ils s’exclamaient à la découverte d’une nouvelle plante, se bagarraient entre eux, et suite, à l’apparition d’un semblant de consensus, ils revenaient bien vite près du géant et notaient un nom sur un bout de papier, qu’ils agrafaient sur sa peau épaisse, à coté de nombreux papiers similaires. Aïe ! criait le géant. les papillons partaient alors de cette nouvelle inscription et tissaient un fil jusqu’à la nouvelle plante. derrière le géant, quelques papiers jaunis tombaient régulièrement. à un moment, les petits singes s’intéressèrent à moi, mais visiblement je fus l’objet d’un vif conflit, et ils allèrent jusqu’à se bagarrer car plusieurs d’entre eux souhaitaient écrire des papiers différents. les papillons ne savaient que faire et n’arrivaient de toute façon jamais à m’atteindre. "mais pourquoi ces inscriptions et tout cet aréopage, demandais je ?" "c’est une longue histoire me dit le géant. je vivais il y a fort longtemps heureux et innocent dans des îles de méditerranée, en harmonie avec la nature et les animaux, dont les singes que voici. petit à petit, ils trouvèrent un moyen pour écrire sur des petites feuilles et cette activité les changeât : ils se mirent à vouloir tout noter et m’entraînèrent dans le monde avec l’aide des papillons pour décrire tout ce qu’ils voyaient. au cours du voyage, je croisais une horloge qui sauta sur moi et persuada les singes que j’avais besoin d’un lifting régulier, et elle s’est mise aussitôt au travail la bougresse. je fatigue de ce périple, et je ne sais si j’aurais la force d’aller jusqu’au bout…" et il semblait effectivement bien fatigué. sa joie des temps anciens, en harmonie avec son environnement, avait bien changé, et l’acharnement de l’horloge à lui remodeler son visage avec ses longues aiguilles m’effrayait un peu… je lui souhaitais une bonne poursuite et passais mon chemin, en ramassant quelques vieux papiers tombés du géant. je lisais « sagesse », « fraternité »… mais quel pouvait bien être le sens de ces mots ? je ne me retournais pas par peur de déranger tout ce monde, mais j’entendis bientôt le bruit d’une forte chute qui fit trembler toute la terre…

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