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poésie philosophie délire

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crochets silencieux

compléter l’histoire. donc se raconter des histoires, pour être dans la fiction, dans la cohérence, dans son nuage de mots. et les nouveaux prêtres étaient là, à vous perfuser de mots, dans vos divans allongés, à vous susurrer des directions, des interprétations, à tout ramener à l’enfance, dans ce lieu sans mémoire, où tout est possible, tout est plausible, où l’enquête s’arrête. alors les hommes las venaient s’allonger, pour être reconstruits, pour qu’ils se racontent des histoires, pour qu’ils se bercent de sens, de semblants de cohérence. car l’incohérence ouvre la porte à des mondes si étranges, où l’on pénètre si seul, qu’il est parfois étonnant d’y être encore suivi, encore poursuivi, par ses multiples personnalités, personnages en quête de solitudes peuplés des facettes de soi, ou tout rapport à autrui s’efface devant ces mondes imaginaires… alors l’homme derrière, qui écoute, qui note, qui est présent, est le réceptacle de cette parole libre, de ces mots qui flottent et qui percent ses oreilles. il les attrape parfois de son long filet aux crochets silencieux, il les malaxe aux creux de ses doigts freudiens, mâtinés d’archétypes sociétaux… et puis doucement les glisse, les fait peser sur la gouverne, pour orienter tout ce bazar vers des rivages apaisés. reconstruire une histoire qui tient la route, ou plutôt qui tient l’homme, pour qu’il puisse se redresser, doucement, tenir un peu debout pour repartir au combat, un peu brinquebalant… pour revenir bien vite, criblé de l’autre, à l’histoire fragile, à recoudre de grosses ficelles, mais oui, tu comprends, s’il s’est passé cela, c’est que la mère, dans ton enfance, et oui, elle a fait ci, et cà, et encore ceci, et cela. et oui, la mère, toujours là, à l’origine de tout, de soi, de ses cellules, de la transmission, origine et cause de tout, nouvelle religion implicite, nouvelle explication universelle, au ventre si gros qu’il englobe le monde, et projette sur lui des mots de douceurs, tout mous, qui ne tiennent plus les hommes…

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