poésie philosophie délire
jean choisissait lentement les livres. très lentement. car ils devaient refléter son état du moment. il devait se refléter dedans. comme dans un miroir, comme dans un lac. pour s’y voir. pour s’y lire. pour se parler. et puis il donnait le livre à pierre, dans le silence, pour lui parler. pour communiquer. par des signes. couchés sur le papier, mais plutôt des morceaux de lui-même en fait. parfois il y collait des bouts de son scalp, un peu à la manière d’un herbier, de telle sorte que se mélangeaient les cheveux, les neurones, aux signes d’encre noire. comme un témoignage de la correspondance entre son âme et son livre. quand il lu le dernier livre, quand la fin de son voyage arriva, quand le dernier lecteur avait ses yeux sous la terre, quand son regard ne portait plus alentours que sur les millions de livres des mondes, il eu le sentiment du départ. alors il prit les livres et les cuisina, en omelette, en bouillabaisse, en salade aux échalotes parfumées, avec des champignons et des carottes… et les mangea. lentement. tout doucement. il digéra chacun des mots, chacun des sons, jusqu’au plus petit signe, à la moindre virgule, au plus petit point. et sa peau éclosait de mille symboles, de mille éclats, aux couleurs des écrivains, vitrail en reflet des autres…