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poésie philosophie délire

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lentement le venin

pierre avait ses moutons dans un champ. un jour qu’il allait les nourrir, il constata que l’un d’eux avait été sauvagement tué. une brebis, qu’il avait fait naître. tuée par des hommes. par des chiens. par des haines. alors lentement le venin montait en lui. lentement, par tous les pores de sa peau, par toutes ses colères rentrées, lentement par ses muscles et ses lèvres, grandissait en lui, naissait en lui, la force de la mort. en élévation, en surgissement, un bloc de haine, aussi lourd que le plomb en fusion, aussi chaud que la glace des pôles… alors le soir il entra dans le village, armé de ses désillusions, séduit par la dame en grande robe noir. il se dirigea vers la maison soupçonnée. et là il sculpta les hommes, il trancha les corps, il découpa en millions de cubes les blocs de chairs qui s’y promenaient. il déchira de son bec les chiens qui n’osaient plus hurler, et planta un peu partout des touffes de poils sur les murs, pour décorer, pour faire joli… et alluma un feu dont il était la braise, la chaleur, la flamme. et la fumée s’éleva, couvrit le village et le pays, rampa sous les portes et dans les corps, sous les cheveux et dans les bouches. d’une blancheur légère, douce à l’odeur des âmes… et désormais la brebis serait là, flottante sur la terre en éternel regard attendri.

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