poésie philosophie délire
ils étaient enlacés, là, devant ses yeux. il n’existait pas… plus rien n’existait autour d’eux… qu’eux même, que l’autre dans ses bras… transpercés d’une flèche, avec le joyeux cupidon qui virevoltait au dessus d’eux, tout sourires et pirouettes… mais en les observant de plus près, il les avait reconnus : les célèbres romeo et juliette ! quel honneur ! quelle rencontre ! et c’est là qu’il apprit que non, en fait ils n’étaient pas morts, mais s’étaient échappés de nuit, le long des murs, et s’étaient retrouvés dans ce chemin, hors des lieux, hors des hommes et du temps… alors je les observais, caché derrière mes yeux, derrière mon admiration de ces couples fusionnels… et puis le temps s’écoulait, et cupidon fatiguait. il ressemblait maintenant plus à un oursin, au carquois plein de mille petits dards. et il s’amusait au quotidien à lancer ces épines, pour fuir l’ennui. ils en étaient tout couvert, de telle sorte qu’ils ressemblaient maintenant plus à des hérissons qu’aux amoureux transis du début. bouffés par les pics du quotidiens, décorés de banalités… et cupidon vieillissait encore, de telle sorte qu’il avait désormais les ailes noires, le visage plissé… il était gros et pesant, les yeux bouffis… ce n’était plus des dards mais des poignards qu’il tenait maintenant dans ses mains. il ne donnait plus ses flèches par amour, par joie, mais lançait maintenant ses traits de désamour… plus de don, plus d’amour, on l’appelait cupide car il retenait tout, sa joie, sa force, et retenait le don de la vie au plus profond de lui-même, usé de joie, abusé d’amour. et là les hérissons s’affalaient, se déchiraient, se recroquevillaient sur eux même… et sur la terre ne restait finalement que deux tas d’épines sombres.