poésie philosophie délire
je m’approchais d’une fleur que je voulus cueillir, mais, alors que je m’apprêtais à la saisir, mes doigts se refermaient sur de la pure couleur, sans parfums… virtuel, graphique, visuel, factice… si vrai et pourtant si éloigné… alors la femme apparut, toute blanche, à la peau si lisse, si diaphane, si lumineuse… que je la pris dans mes bras et la serrais si fort qu’elle s’évapora en brume éparse, tout autour de moi, en nuage de douceur, en éclats de coton… et l’homme apparut. je le cognais pour voir si lui aussi il s’éparpillerait. mais non, il s’effondra, il était dur, il avait mauvaise haleine, et me regarda méchamment : c’était un informaticien… « c’est moi l’inventeur de ce lieu, j’ai dessiné chacune de ces fleurs, imaginé cette femme, placé des écrans le long du chemin pour te montrer que la caverne avec les ombres existe bien, avec les ombres de mon imagination… que désormais ce que tu verras sera peut être réel, peut être pas, qu’entre tes sens et le monde je peux m’immiscer, me faufiler, m’interposer… que je ferai parti demain de tes sens, entre l’immédiateté du monde et ton ressenti, que la phénoménologie ne pourra plus se concevoir sans mon intervention, sans ma présence, sans la projection de mon esprit entre toi et les autres. que lorsque tu serrais cette femme dans tes bras, c’est un peu de moi que tu étreignais… ». alors j’avais envie de l’abattre, là, de m’échapper de son imagination, de percer ces écrans, mais aussi de retrouver cette femme si belle, si parfaite… alors j’ai pris ma hache, je l’ai haché là, sur place, et les fleurs se couvraient de sang, et la femme réapparut pour se pencher sur lui et le pleurer, mais aussi lui cracher au visage, enfin libérée, enfin toute en coton d’acier… et elle perça les écrans, et les parfums des fleurs nous sautèrent à la figure, et les insectes s’acharnaient sur nous, jusqu’au loup qui planta ses crocs bien au fond de mes chairs, pour bien me faire sentir qu’ils étaient encore là, un peu comme un adieu au choc de la présence immédiate des choses… je laissais mon corps là, dans ses crocs, tout en béatitude, et je pris la main de la femme pour nous éparpiller en gouttelettes de feu…