poésie philosophie délire
alors les intelligences se multipliaient, et il allait de par le monde, en exploration des corps et des âmes, pour détecter au fond de chacun quel était son interprétation de l’univers. car nous étions tous des acteurs, à incarner en chacun de nous les pensées et croyances des autres, à les adapter à nos résonances, à l’écho de notre enfance à notre racine. le sportif au monde son corps étalait la domination… le cuisinier au monde ses saveurs toutes en papilles éveillait les langues… le peintre par quelques lèches de couleurs émerveillait les têtes endolories… multiplicité des intelligences, de leurs dimensions, de leurs variétés… longtemps ignorées, bannies, réfutées par les hommes des livres, par les philosophes dans leurs tours, dans leurs promenades toujours identiques, prisonniers des signes des mots… oui, le langage était varié, dans chaque acte et production des hommes, de telle sorte que chacun était un livre, une histoire fantastique, un héros de ses jours. oui, la prétention de tout connaître dans quelques assemblages de papiers, dans quelques théories englobantes, la volonté de décrire la diversité du monde à l’aune seule du volume minuscule de son crâne, était du même ordre que celle du despote qui prétend diriger la planète… enfermé dans sa tour d’ivoire, pleine de miroirs, en introspection de soi même, à se regarder comme au fond d’un puit, était la marque éternelle de la philosophie occidentale. perdue dans les questions, dans les tourments de l’absence de réponse… même dans les modèles scientifiques qui étaient produits, comme succédanés de réponses à la quête de l’être, se trouvait du mystère sans réponse. au cœur de la matière résidait le mystère de la matière et de l’énergie noire… variables obligatoires pour sauvegarder ses modèles de représentations, pour sauvegarder les interactions faibles et fortes… entre les particules élémentaires et les hommes… et c’est un abîme qui s’ouvre, l’apparition, même au cœur de la science, qu’on avait érigé en certitude au dessus de tous, en modèle à atteindre pour toute action sur cette terre, que notre connaissance du plus fondamental des éléments, la matière elle-même, n’est connue qu’en poésie…