poésie philosophie délire
je vous ai vu dans vos corps en flammes et suis descendu pour vous tendre la main hors de votre ancrage physique, de vos cris enfermés dans la carcasse de fer. je vous avais vu d’en haut venir me prier, me louer, et j’ai souhaité que vous me rejoigniez au plus vite afin que votre ferveur ne s’adoucisse pas dans la douceur des objets. c’est ainsi que je rappelle parfois certain d’entre vous qui viennent me voir, car je sens en vous alors tellement d’amour qu’il ne m’est pas possible de vous laisser plus longtemps au milieu de mon laboratoire humain, de mes expériences insouciantes. car je sais que derrière vos prières se cachent un appel pour arrêter mon jeu, arrêter d’être mon objet. alors j’ai soufflé légèrement sur votre appareil de transport, je l’ai dirigé lentement, ici, au fond, en dehors de la route, car c’était bien là que se trouvait le début du chemin vers moi. je vous ai fourni les ailes de plumes blanches, j’ai déposé sur vos lèvres fondues mes mains apaisantes, j’ai fermé vos yeux de lumières pleins de larmes, j’ai bouché vos oreilles pour que vous n’entendiez plus les pleurs alentours, les cris des machines et des hommes qui cherchaient à vous extirper, les âmes angoissées de vos familles lointaines, aux sons des douleurs polonaises… et là, dans le repos de mes bras, dans la douceur de mon âme, je vous ai accueillis, bénis, entourés et baignés de ma gloire. nous regardons désormais les êtres issus de vous s’affoler tout autour de votre enveloppe charnelle, de simples restes qu’ils mettront en boite pour les arroser des extraits de leurs corps…