poésie philosophie délire
les rides tombaient par terre, en longs filaments emmêlés. et pourtant elle venait juste de se démaquiller, à peine un simple geste et tout se défaisait, brutalement, un peu comme si la beauté implosait, et le temps était là, soudain, en irruption cutanée, en dents jaunes, en jeunesse partie, aux ailes des désespoirs qui se déployaient… alors c’était fini tout ça, ces masques, ces crèmes, ces visages sculptés tout les matins, à coups de hache, de cotons crémeux et de peintures clignotantes… à la conquête des visages autres, à la conquête des yeux mâles à attraper aux vols de ses cils… jusqu’à ce soir où les rides étaient si longues, si enveloppantes, si douces, qu’elle décida au petit matin de s’en envelopper, de les afficher au monde et à la ronde, de crier aux visages révulsés que oui, elle avait un âge qu’on ne dit plus depuis bien longtemps, qu’elle avait dépassé toutes les limites de celles qui ne sont plus femmes, mais porteuses de filaments…. et pour affirmer encore plus le temps qu’elle traînait désormais, pour le dépasser et le transcender, elle s’en rajoutait, créait elle-même ces griffures profondes, ces ravins, à coups de rasoirs, en gerbes de sang aux couleurs si pulpeuses… et dans l’affirmation de ses ages, dans la fierté de son regard, de la brûlure qu’elle exerçait désormais au plus profond de chacun, se dégageait une force qui dominait les femmes à la jeunesse si fade. alors en égérie, alors en modèle si brillant, elle disséminait aux regards enfantins la beauté du temps…