poésie philosophie délire
alors attendre, au bord du désert, que l’évènement arrive, ou plutôt qu’un évènement arrive. même pas grand-chose, même un petit rien de rien du tout. une petite guerre, ou une compagne, ou une météorite… bref, n’importe quoi pour arrêter l’horloge qui égrène son tic-tac, ou plutôt qui le martèle dans les têtes, d’une régularité à pousser au meurtre… et pourtant la remonter, pour savoir que le temps s’écoule, finalement toujours identique à lui-même, aux mêmes sons qui se répètent depuis l’enfance dans les maisons de campagnes où elle trônait en maître… alors le tuer, tuer le temps, la charge la plus commune des hommes. mais pas juste comme ça, tout simplement, les yeux grands ouverts à attendre qu’il passe, qu’il s’écoule en nous, ou plutôt que nous nous écoulions en lui… non, plus durement, plus violement, le prendre à la gorge, l’étrangler, lui faire ressentir que nous ne sommes pas dupe qu’il fredonne la trop longue chanson de notre fin. ou plutôt l’ignorer, tuer la mesure pour ne plus l’entendre battre… alors aller dans le monde du silence, aux oreilles emplies de parfums, si forts que les tiques et les claques n’y rentrent plus, aux pays des soleils éternels, où son action tout autour est invisible… alors l’évènement attendu n’est rien d’autre que la brisure de la linéarité de sa vie, que l’on appelle du plus profond de nous…