poésie philosophie délire
elle portait en elle la vie. non pas sa vie, car celle-ci était portée depuis bien longtemps, un peu sans le savoir, avec beaucoup de légèreté et d’inconscience. non, là, elle portait réellement LA vie et tous autour d’elle le lui faisaient bien comprendre. que porter sa propre vie, ben voyons, on n’a pas à s’en vanter, mais porter LA vie, enfin, c’est bien plus sérieux, et même qu’on lui avait mis des hommes en blanc autour d’elle, planté des caméras au fond de son corps, auscultée, palpée, surveillée, envoyé des molécules de toutes sortes pour qu’il ne manque pas tel métal, tel enzyme, protéine… alors la méfiance vint… un peu dépossédée d’elle-même, car sa pauvre petite vie à elle, finalement, paraissait bien fade par rapport à cette LA vie là qui semblait si importante. mais peut être qu’elle portait un être supérieur, qui, à son apparition sortira tout en lumière, se lèvera d’elle et proférera au monde les futures tables de lois nouvelles ? peut être qu’on ne lui avait rien dit mais qu’elle avait été visitée par un ange aux ailes d’aciers, au regard puissant, venu d’en haut, ou d’en bas ? elle n’en avait pourtant aucun souvenir… à moins que cet ange ait pris les apparences banales de bernard ? mais alors, peut être que la nuit lui serait apparue un peu moins quelconque ? un ange, même déguisé en bernard, ça doit bouger pas mal ? ça ne doit pas bûcheronner difficilement pour s’effondrer en ronflant à ses cotés ? tout ça ressemblait au bernard qu’elle connaissait depuis tant d’années, que l’ange devait être un sacré comédien… mais qui sait, cela c’était en fait peut être déjà passé ainsi il y a deux mille ans ? alors au grand soir tant annoncé, elle mit sa plus belle robe de cérémonie, se parfuma, se maquilla et arriva triomphante aux portes qui s’ouvraient maintenant toutes grandes devant elle. et il sortit… tout en sang… aux ailes immenses… au regard du feu noir qui lui cloua les yeux au fond du crâne… pour ne plus jamais les ouvrir.