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poésie philosophie délire

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assourdi de bonheur

j’ai laissé un peu de mon corps sur le goudron, en chair éparse, en semence sur la terre épanouie. mélangé à la gomme des pneus, à l’essence des moteurs battants, des chaînes déchirantes et au son des sirènes, dans les belles lumières de couleurs rythmées… et c’est ainsi, lorsque la terre entre en vous et se mélange à votre corps, comme au soir de votre vie, que vous ressentez la fragilité de ce qui vous porte, que vous percevez que la distance qui vous sépare de l’autre monde est plus fine qu’une pétale de rose… et c’est aussi l’éveil à la pleine conscience de la vie. c’est dans la souffrance que la vie se réveille, car c’est l’aiguillon qui réveille nos sensations, et ancre notre perception dans ce monde fade, rempli de ouate, assourdi de bonheur, baigné d’amour et de barrières de protections, ensablé de belles choses, barricadé de police d’assurance… le choc brutal, le sang tout autour étalé, des éléments de moi-même éparpillés alentours, la souffrance qui me mord comme un chien enragé, sont des aiguillons de vie qui me rappellent que je suis encore là, sur cette terre, que j’en fais parti, et qu’il n’est pas encore venue l’heure de m’élever au dessus du sol, et de ne plus percevoir le quotidien dans toutes ses acceptions. la souffrance est l’hameçon qui retient l’homme sur terre lorsqu’il est devenu plus léger que son âme…

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