poésie philosophie délire
il entrait dans les bureaux en transe, les mains tremblantes, parlait fort et noircissait les tableaux d’équations. de la mécanique quantique à la classique, des sciences sociales au sens de sa vie, tout y passait, tout se déballait, se développait sous les yeux ébahis de l’équipe. une révolution, une idée géniale, qui touchait tout les domaines, tout les esprits… surtout le sien, enflé, qui grossissait et emplissait les ondes, les oreilles, les regards apeurés autour en grand cercle, les yeux exorbités… ne pas savoir quoi dire, ne pas comprendre, mais percevoir la figure de l’incohérence. la peur brutale de l’absence de sens. alors qui appeler ? le grand spécialiste en mathématique du domaine ou un psychiatre ? finalement si proches, dans leurs domaines incompréhensibles, seuls peut être capables de mettre du sens là où il n’y en a plus, là où l’interaction n’est plus possible. eux qui pourront encore jeter des mots entre lui et nous, le ramener dans une histoire commune, ou plus précisément rapiécer son histoire à la notre… irruption de l’incohérence, de la rupture brutale avec l’histoire du quotidien, de l’imprévisible qui éclate comme ça, sans crier gare, du génie pur ou de la folie pure… finalement si proches… alors les savants sont arrivés pour analyser le discours mystérieux : le mathématicien y voyait des pistes intéressantes, le religieux un écho aux dernières théories théologiques, le psychiatre un cas intéressant à étudier. et les diagnostics fusaient, et les interprétations s’entrechoquaient, les mots se croisaient, s’élevaient, s’enveloppaient… alors avant que les couteaux ne sortent, que les excommunications émergent et que les enfermements thérapeutiques s’accomplissent, les trois savants sont partis négocier leurs points de vue à huis clos. au bout de plusieurs mois, ils sortaient en levant un gros livre qu’ils avaient écris et qui tissait des liens entre tout leurs domaines, capable de rendre cohérents toutes ces croyances si variées, capable d’expliquer jusqu’au discours mystico mathématique qu’ils avaient étudiés. alors ils l’ont habillé des pages du livre, et il se mit à prononcer des mots que tous comprenaient, si clairs, si profonds, qu’ils se prosternèrent et le suivirent sur le chemin qu’il leur indiquait…